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Ce gamin

Ce gamin qu’on tient toujours par la main.
Non : dont on tient toujours le poignet.
C’est une contrainte forte, une violence.
Donner la main signifierait une confiance, dirait que tout va bien.
Là, non.

Tous les matins, à l’heure où les autres sont à l’école, il est sur le trottoir d’en face.
Menotté par la main par son père.
Ils attendent. Le père ne lâche rien ; le garçon baisse la tête.
On ne sait pas, on s’attriste, on se demande…
Mais peut-être que l’enfant, si on le lâche, sera irrattrapable et en danger ?
On ne connaît pas sa violence.

À l’heure dite arrive un taxi qui les emmène tous les deux.
On sait à peu près où, vers quoi.

Que ce soit le père ou quelquefois la mère, ils entraînent (traînent ?) toujours le gamin derrière eux, le visage fermé, crispé, douloureux.
Ils marchent vite, comme s’il fallait passer le moins de temps possible dans la rue, exposés au regard de tous, exposés aussi aux risques de la rue.

Le petit est pour moi une énigme douloureuse.
Mais les parents…
Une immense compassion et le détestable sentiment d’une universelle impuissance.