J’ai écrit il y a quelque temps une chanson inspirée d’abord par une curiosité linguistique, celle de répertorier certains des noms qui qualifient les couleurs — bleu Nattier, jaune canari, etc. —, et aussi par la volonté de rendre compte de toutes les nuances que peut prendre une même couleur : à l’époque, je m’essayais à l’aquarelle. On dira donc que j’aime parler des couleurs.
Pour en venir au Xote : Célio aussi est très soucieux des couleurs et passe beaucoup de temps à choisir, pour la communication visuelle du groupe, les bonnes harmonies de teintes ; il a établi une charte graphique qui est respectée scrupuleusement, avec quelques assouplissements, quand même, lorsqu’il s’agit de notre « dress code » !
Et plus précisément, avant qu’on ne pense au Xote, Célio avait lu le livre de Pastoureau et Simonnet, Le petit livre des couleurs, où il est dit que bien des aspects de notre vie sont influencés par un code implicite des couleurs : bleu, jaune, rouge, blanc, noir, auxquelles il ajoute le vert. Ce sont elles que Célio a choisies. À partir de là, j’avais carte blanche ! Pour écrire ce que je voulais.
Il est évident que je suis partie d’images : par exemple, on était au printemps, et c’est, à ce moment de l’année, le jaune qui s’impose dans les jardins ; jaune que je n’aime pas trop parce que je le trouve agressif ; et immédiatement sont venus, par contraste, le jaune doré de l’été et le joli jaune des boîtes d’aquarelle.
Une autre source d’inspiration : la littérature. Le texte d’Homère repose en partie sur la répétition de qualificatifs toujours les mêmes, qui servaient souvent de chevilles pour compléter facilement un vers ; par exemple, Ulysse est toujours qualifié de « polymèchanos », c’est-à-dire « plein de ruses » ; Zeus est toujours l’« Ébranleur du ciel » parce qu’il lance la foudre et déclenche le tonnerre. La mer Méditerranée, elle, bleu sombre, est « oivopos », c’est-à-dire semblable au vin : on traduit souvent par « vineuse » ou « couleur lie-de-vin ». C’est pourquoi j’ai écrit : « Bleu : Homère le dit violet au large de la Crète. »
Mais je n’ai pas cherché la référence : cette littérature ancienne m’a nourrie, elle fait partie de moi, et les mots viennent spontanément.
Autre image, commune à tous, pour le rouge : les tableaux de la Révolution, les affiches, les tracts…
Et pour le vert, les images urbaines aussi, le vert discret des petites plantes qui s’acharnent.
