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Entre compositeur et auteure

  • Chansons

Entre compositeur et auteure : Célio Mattos & Marie-Claude Bois

Comment travaillons-nous ensemble ? Une fois le projet déterminé — mettre des paroles en français sur des rythmes brésiliens — chacun de nous se voyait situé dans son domaine propre de compétence, mais aussi engagé dans un système de va-et-vient entre musique et paroles, de propositions et de réponses, d’ajustements et de reprises. En bonne intelligence, toujours.

Peu à peu, au fur et à mesure de l’écriture des chansons, je me rends compte que, sans l’avoir explicité, nous accordons deux exigences, deux rigueurs : celle de Célio, que je connais depuis longtemps, intraitable sur l’authenticité et la justesse des rythmes qu’il écrit, et la mienne, qui n’est pas délibérée, mais fait partie de moi : je suis très soucieuse de l’exactitude, de la qualité et de la richesse de la langue.

Parce que j’écris pour des chansons, j’y engage beaucoup : des souvenirs, qui naissent souvent en même temps que le premier mot qui me vient à l’esprit quand j’entends la mélodie ; des émotions, que j’ai le souci de rendre au plus près, sans céder aux facilités de vocabulaire et de langue.

De là peut-être une difficulté : tous les mots ne sont plus identifiés par le public, et pourtant je tiens à eux : par exemple dans Les Chansons d’amour, je parle de « l’escarcelle remplie » du musicien de bars. Le mot est sorti de l’usage, mais c’est un beau mot, il cite l’histoire de la langue, il sonne dans la mélodie et s’intègre bien dans le rythme. Tant pis ou tant mieux pour ceux qui le trouveront étrange…

Ce plaisir à aller fouiller dans les poches de la langue française, je l’ai eu tout particulièrement lorsque Célio m’a proposé de mettre des paroles sur Anoiteceu (morceau déjà écrit, et même dansé, et répertorié avec son titre portugais) : dire la nuit, c’est convoquer plusieurs registres de langage, disposer d’innombrables métaphores ; la nuit est pleine de connotations dramatiques et tragiques ; elle convoque le rêve et toute la symbolique du silence, du mystère ; de l’ombre. Un régal pour l’auteure. Il subsistait cependant une difficulté : le titre. En portugais existe ce mot Anoiteceu qui désigne spécifiquement la tombée de la nuit. On n’a rien de tel en français, en tout cas pas de mot formé sur le thème « nuit » pour désigner ce phénomène. La solution est assez bâtarde : nous avons fabriqué un mot, mais en deux parties : « nuit venue », qui se trouve être l’exact décalque du mot portugais. « Nuit tombée » nous a semblé trop brutal.

Et ici l’expérience linguistique est assez singulière : il ne s’agit plus de traduire, mais de transposer. Troisième niveau de création : musique, texte, et aussi, finalement, mots.


Écouter Nuit venue, paroles de Marie-Claude Bois sur une musique de Célio Mattos.