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La route est longue

La route est longue, elle le sera encore un peu, qui sait…

Je veux dire mes routes…

D’abord un chemin dans un parc vieilli, autrefois somptueux, sous les ombrages étranges de grands arbres venus d’ailleurs ; le reflet violet de longues fleurs peut-être vénéneuses, un goût de grotte, un peu de peur savourée. Mais dans le soleil, l’allée de graviers, sage, qui tourne en rond autour de la pelouse bien tondue. Déception, elle n’amène nulle part, elle éteint les rêves et les envies, elle est là pour faire joli.

De l’autre côté du mur, zone longtemps interdite, la rue, le canal, le pont, la rue qui passe au-dessus du canal, la rue qui bien vite emmène vers les champs, champs de neige parfois, la rue où je tire ma luge, parce que la rue, c’est la rue de la Petite Hollande et ça descend très vite. La rue des glissades, des chutes, de la vitesse.

La rue des patins à roulettes au bruit de ferraille, la rue des copines et des courses rivales, genoux éraflés, chute, encore, première liberté d’aller plus vite.

La route vers l’ouest des premières vacances en voiture, la route a un bout ? Et quand se termine-t-elle ? Elle se perd dans l’océan… 

Le chemin de sable, au milieu des ajoncs, où l’odeur sucrée des plantes grasses succède à la chaleur des résines de pins, chemin foulé pieds nus, au grand midi de l’été, chemin qui doucement descend vers l’océan et s’ouvre enfin pour nous offrir l’horizon bleu et le miroitement.

La piste dans le désert salé… un peu de risque, où est la trace dans le chott ? La croûte de sel est-elle assez dure pour que je puisse continuer ?

L’autoroute inhumaine, qui ennuie, anti-route, moyen, ruban sans éclat, cheminement de moutons affairés et aveugles, route dévoyée, route perdue…

Sentiers… celui qui m’épuise et me ranime, celui qui fait de belles surprises, celui aussi qui parfois se perd, pour me perdre, celui qui donne à mon pas répété, un nouveau pouvoir de découvrir d’autres mondes. Sentier de roc griffé de fleurs, sentier parfois moussu, quelle douceur pour les pieds.

Ma rue ? Mon adresse, mon identité. Tellement banale et quotidienne, usée dans mes regards, singulière pourtant. Propriété de tous et de personne, bornée, invisible, mais indispensable. Vers la ville et vers la maison ; allées et venues incessantes, itinéraire obligé. Sas : au sortir du silence de l’intime, la rue m’apporte les premiers bruits de la ville. À peine un refuge

La longue route de la fuite…